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- Qu’est-ce que la légionellose ?
- Qui est soumis à la surveillance obligatoire ?
- Comment se déroule une analyse légionelle ?
- Quel est le seuil et que faire en cas de dépassement ?
- Combien de temps les résultats sont-ils valables ?
- Qui réalise le diagnostic légionellose ?
- Combien coûte une analyse légionelle ?
- Ce que dit la loi
Une douche suffit. La légionelle ne se transmet ni par l’eau bue ni d’une personne à l’autre : elle s’attrape en respirant de fines gouttelettes d’eau contaminée, et provoque une pneumonie qui reste mortelle dans près d’un cas sur dix. C’est tout l’objet du diagnostic légionellose : rechercher la bactérie dans les réseaux d’eau chaude sanitaire, mesurer les températures qui la font proliférer, et corriger l’installation avant l’accident.
On parle indifféremment d’analyse légionelle, de test légionellose ou de contrôle légionelle : dans tous les cas, l’opération associe un prélèvement d’eau aux points à risque du réseau et une analyse en laboratoire accrédité, complétés par un examen de l’installation.
1. Qu’est-ce que la légionellose ?
La légionellose est une infection pulmonaire provoquée par des bactéries du genre Legionella, dont l’espèce Legionella pneumophila est de loin la plus fréquemment en cause en France. Santé publique France a recensé 1 939 cas notifiés en 2024, en baisse de 12 % sur un an, et la maladie reste grave : la létalité s’établit à 9 % (160 décès en 2024), avec un risque nettement plus élevé chez les personnes âgées, immunodéprimées ou souffrant d’une pathologie respiratoire.
La contamination se fait uniquement par inhalation d’aérosols, c’est-à-dire de microgouttelettes d’eau en suspension : jet de douche, bain à remous, brumisateur, tour aéroréfrigérante, fontaine décorative. Boire une eau contenant des légionelles ne rend pas malade, et il n’existe aucune transmission d’une personne à l’autre.
La bactérie est naturellement présente dans les eaux douces. Elle devient un problème lorsque l’installation lui offre ce qu’elle recherche :
- une eau stagnante : bras morts de canalisation, points d’usage rarement ouverts, ballons peu sollicités ;
- une température comprise entre 25 et 45 °C, sa plage de multiplication optimale ;
- un support de développement : tartre, corrosion, biofilm, boues de fond de ballon.
2. Qui est soumis à la surveillance obligatoire ?
La surveillance annuelle s’impose aux établissements recevant du public dont l’installation collective d’eau chaude sanitaire alimente des points d’usage à risque, c’est-à-dire produisant des aérosols : douches, douchettes, bains à remous. Sont donc visés les hôtels et résidences de tourisme, campings, EHPAD et établissements de santé, établissements sociaux et médico-sociaux, internats et hébergements collectifs, piscines, gymnases et salles de sport, ainsi que les établissements pénitentiaires. Un ERP équipé d’une production collective mais sans point d’usage aérosolisant (bureaux, commerces, restaurant avec de simples lave-mains) échappe à la campagne annuelle.
L’obligation pèse sur le responsable des installations, c’est-à-dire le propriétaire ou l’exploitant qui gère le réseau. Elle recouvre trois volets indissociables : surveiller les températures, faire réaliser les analyses de légionelles, et consigner l’ensemble dans un carnet sanitaire tenu à disposition de l’Agence régionale de santé (ARS).
Une seconde obligation, distincte, s’ajoute depuis l’arrêté du 30 décembre 2022 relatif à l’évaluation des risques liés aux installations intérieures de distribution d’eau : les propriétaires de réseaux intérieurs d’établissements listés (santé, social et médico-social, logements-foyers, crèches, écoles et établissements d’enseignement, piscines, stades et gymnases, hôtels, résidences de tourisme, campings, établissements pénitentiaires) doivent faire réaliser une évaluation des risques eau froide et eau chaude, portant notamment sur Legionella spp. et Legionella pneumophila, au plus tard le 1er janvier 2029. Elle est réexaminée au moins tous les six ans et tenue à disposition du directeur général de l’ARS.
Nota : Les tours aéroréfrigérantes relèvent d’un régime distinct, celui des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), avec ses propres obligations d’analyses et de déclaration. Elles ne sont pas couvertes par le contrôle des réseaux d’eau chaude sanitaire décrit ici.
En copropriété, un immeuble d’habitation n’est pas un ERP : aucune campagne annuelle n’est imposée. Mais lorsque l’eau chaude est produite collectivement, le syndicat des copropriétaires reste responsable de la qualité de l’eau distribuée aux occupants et doit maintenir les températures réglementaires. Un contrôle volontaire, notamment après un arrêt prolongé de l’installation ou en cas de suspicion, est vivement conseillé.
Chez un particulier, dans une maison équipée d’un chauffe-eau individuel, aucune analyse n’est obligatoire. La prévention passe par le réglage du ballon (au moins 55 °C, ou une montée en température périodique sur les ballons thermodynamiques), la purge des points d’eau après une absence et le détartrage des pommeaux de douche.
3. Comment se déroule une analyse légionelle ?
Le diagnostic combine une intervention sur site et une analyse en laboratoire.
Étape 1 : le repérage du réseau. L’opérateur relève le schéma de l’installation, identifie la production, le stockage, la boucle de circulation et les points d’usage à risque. Il repère les bras morts, les mitigeurs, les antennes terminales, les ballons peu utilisés.
Étape 2 : les mesures de températures et de débits. Elles sont comparées aux exigences de l’arrêté du 30 novembre 2005 : au moins 55 °C en sortie des équipements de stockage de 400 litres ou plus (ou, à défaut, une élévation quotidienne de la température selon l’annexe 1 du texte : 60 °C pendant 1 h, 65 °C pendant 10 min ou 70 °C pendant 2 min), au moins 50 °C en tout point du système de distribution hors tubes finaux d’alimentation d’un volume inférieur ou égal à 3 litres, et au puisage au plus 50 °C dans les pièces destinées à la toilette, 60 °C dans les autres pièces. Un écart sur ces valeurs est très souvent la cause première d’une contamination.
Étape 3 : les prélèvements. Ils relèvent d’un laboratoire ou d’un organisme accrédité pour le prélèvement, selon les normes en vigueur (NF T90-431, FD T 90-522, NF EN ISO 19458) et une stratégie d’échantillonnage écrite. Trois points au minimum : sortie de production, fond de ballon et point d’usage le plus éloigné du réseau, en général une douche. Le nombre de points augmente avec la taille de l’installation.
Étape 4 : l’analyse en laboratoire accrédité. La recherche de Legionella pneumophila se fait par culture normalisée NF T90-431, qui impose 10 jours d’incubation avec lectures intermédiaires et confirmation des colonies. Comptez en pratique 10 à 15 jours entre le prélèvement et le rapport final, le résultat étant exprimé en unités formant colonies par litre (UFC/L). Les méthodes rapides par PCR peuvent servir de dépistage mais ne remplacent pas la culture pour le contrôle réglementaire.
Étape 5 : le rapport et les préconisations. Il croise les résultats d’analyses, les températures relevées et l’état de l’installation, puis liste les actions correctives : suppression des bras morts, détartrage ou remplacement de ballon, calorifugeage, remontée de consigne, équilibrage de la boucle.
4. Quel est le seuil et que faire en cas de dépassement ?
Le seuil de référence est de 1 000 UFC/L de Legionella pneumophila aux points d’usage à risque.
- Sous 1 000 UFC/L : l’installation est conforme, la surveillance annuelle se poursuit et les résultats sont consignés au carnet sanitaire.
- Au-delà de 1 000 UFC/L : des actions correctives immédiates s’imposent (purges, choc thermique, choc chloré, nettoyage et détartrage), suivies d’une nouvelle analyse pour vérifier le retour sous le seuil. La recherche de la cause est indispensable : traiter sans corriger le défaut d’installation garantit la récidive.
- En cas de contamination massive, une restriction d’usage peut être décidée sans attendre, en priorité la fermeture des douches ou la mise en place de filtres terminaux, et l’ARS est informée.
Dans les établissements de santé, l’arrêté impose des dénombrements inférieurs à la limite de détection aux points d’usage accessibles aux patients particulièrement vulnérables au risque de légionellose, identifiés selon les recommandations du comité de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN). Ce n’est pas une bonne pratique facultative mais une exigence réglementaire.
5. Combien de temps les résultats sont-ils valables ?
Une campagne d’analyses vaut un an : elle doit être renouvelée au minimum annuellement dans les établissements soumis à surveillance. Ce rythme s’accélère dès qu’un incident survient : après un dépassement de seuil, après des travaux sur le réseau, après un arrêt prolongé de l’installation (fermeture saisonnière d’un hôtel ou d’un camping) ou à la remise en service d’un bâtiment. La surveillance des températures, elle, est continue : les relevés sont faits au moins une fois par mois dans les hôtels, campings et autres ERP, et jusqu’à une fois par jour en sortie de production (une fois par semaine aux points d’usage à risque) dans les établissements de santé.
6. Qui réalise le diagnostic légionellose ?
Il n’existe pas de certification « diagnostiqueur légionelle » comparable aux certifications amiante ou DPE. Ce qui est encadré, c’est le couple prélèvement et analyse : depuis l’arrêté du 30 décembre 2022, les prélèvements comme les analyses doivent être réalisés par un laboratoire ou un organisme accrédité (COFRAC ou organisme européen équivalent, référentiel NF EN ISO/CEI 17025) pour le prélèvement et pour la recherche de légionelles. Un rapport fondé sur des prélèvements non accrédités n’est pas opposable à l’ARS. Le diagnostic de l’installation (repérage des points critiques, mesures, préconisations) relève d’un opérateur spécialisé en réseaux d’eau sanitaire, assuré en responsabilité civile professionnelle.
Avant de commander, vérifiez deux points : la portée de l’accréditation, qui doit couvrir le prélèvement et la recherche de légionelles, et le contenu exact de la prestation (nombre de points prélevés, mesures de températures, rapport avec préconisations).
7. Combien coûte une analyse légionelle ?
Le prix dépend du nombre de points de prélèvement et de l’étendue de la mission. Comptez de l’ordre de 50 à 150 € par point analysé en laboratoire (fourchette de marché), auxquels s’ajoutent le déplacement de l’opérateur, les mesures sur site et la rédaction du rapport.
Un petit établissement avec trois points de prélèvement se situe donc dans les quelques centaines d’euros par campagne annuelle ; un grand bâtiment multipliant les antennes et les boucles demande un devis sur mesure. Regrouper la campagne d’analyses et le diagnostic d’installation chez un même intervenant évite de payer deux déplacements.
8. Ce que dit la loi
- Code de la santé publique, articles L. 1321-1 et suivants (qualité des eaux destinées à la consommation humaine)
- Arrêté du 1er février 2010 relatif à la surveillance des légionelles dans les installations de production, de stockage et de distribution d’eau chaude sanitaire, modifié par l’arrêté du 30 décembre 2022 (en vigueur au 1er janvier 2023)
- Arrêté du 30 novembre 2005 modifiant l’arrêté du 23 juin 1978, qui fixe les températures de l’eau chaude sanitaire
- Arrêté du 30 décembre 2022 relatif à l’évaluation des risques liés aux installations intérieures de distribution d’eau destinée à la consommation humaine (évaluation à réaliser avant le 1er janvier 2029, réexaminée tous les six ans)
- Directive (UE) 2020/2184 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine, transposée par l’ordonnance n° 2022-1611 du 22 décembre 2022 et ses décrets d’application
Nos conseils et astuces
Trois réflexes suffisent à écarter l’essentiel du risque. Réglez la production d’eau chaude au moins à 55 °C et ne la baissez pas pour économiser de l’énergie : c’est la mesure de prévention la plus efficace. Supprimez les bras morts et faites couler quelques minutes les points d’eau inutilisés, en particulier après une absence ou une fermeture saisonnière. Détartrez régulièrement pommeaux, flexibles et mousseurs, où le biofilm s’installe.
Conseil aux gestionnaires d’établissement : tenez le carnet sanitaire à jour, avec le schéma du réseau, les relevés de températures, les rapports d’analyses et les interventions réalisées. C’est le premier document réclamé par l’ARS en cas de contrôle ou de signalement, et la meilleure preuve de votre diligence.
Chiffres clés
Questions fréquentes
L'analyse légionelle est-elle obligatoire, et pour qui ?
Oui, chaque année, dans les établissements recevant du public dont l'installation collective d'eau chaude sanitaire alimente des points d'usage à risque, c'est-à-dire produisant des aérosols (douches, douchettes, bains à remous) : hôtels, campings, EHPAD, établissements de santé, équipements sportifs, hébergements collectifs. Un ERP dépourvu de ces points d'usage (bureaux, commerces, simples lave-mains) n'est pas soumis à la campagne annuelle. Le responsable des installations fait réaliser des prélèvements aux points à risque (production, fond de ballon, point d'usage le plus éloigné) et conserve les résultats dans le carnet sanitaire. Rien n'est imposé au particulier dans sa maison.
Comment se passe un test légionellose ?
Un laboratoire ou un organisme accrédité pour le prélèvement comme pour l'analyse intervient sur au moins trois points représentatifs du réseau et mesure températures et débits, puis recherche Legionella pneumophila par culture normalisée NF T90-431, qui impose 10 jours d'incubation : comptez 10 à 15 jours entre le prélèvement et le rapport. Le rapport compare les concentrations au seuil réglementaire, identifie les points critiques de l'installation (bras morts, ballons, mitigeurs) et liste les actions correctives.
Quel est le seuil réglementaire de légionelles dans l'eau ?
L'objectif est de rester sous 1 000 UFC/L de Legionella pneumophila aux points d'usage à risque. Au-delà, des actions correctives s'imposent (purges, choc thermique ou chloré, expertise du réseau) et de nouvelles analyses doivent confirmer le retour sous le seuil. Les fortes contaminations peuvent justifier une restriction d'usage immédiate, en premier lieu la fermeture des douches.
La recherche de légionelles est-elle obligatoire en copropriété ?
Un immeuble d'habitation n'est pas un ERP : pas d'analyse annuelle systématique. Mais lorsque l'eau chaude est produite collectivement, le syndicat des copropriétaires est responsable de la qualité de l'eau distribuée : il doit maintenir les températures réglementaires (au moins 55 °C en sortie des équipements de stockage de 400 litres ou plus, ou élévation quotidienne de température selon l'arrêté du 30 novembre 2005, et au moins 50 °C en tout point de la distribution) et faire contrôler le réseau en cas de suspicion. Un contrôle volontaire périodique reste la meilleure prévention.
Comment attrape-t-on la légionellose ?
Uniquement en inhalant de fines gouttelettes d'eau contaminée : douches, bains à remous, tours aéroréfrigérantes. Boire l'eau ne transmet pas la maladie, et elle ne se transmet pas d'une personne à l'autre. La bactérie prolifère dans l'eau stagnante entre 25 et 45 °C, d'où la règle d'or : l'eau froide reste froide, l'eau chaude reste chaude (au-dessus de 50 °C), et les points d'eau inutilisés sont purgés régulièrement.