Rénovation énergétique ennemie de la qualité de l’air intérieur ?

Une étude a récemment jeté un pavé dans la mare de la rénovation énergétique tout au moins dans les matériaux employés pour améliorer la performance thermique. Selon l’étude, une grande part des matériaux et produits employés pour améliorer la performance thermique de nos logements et bureaux auraient un effet au moins indésirable voire nocif sur l’air intérieur. COV, COSV et autres phtalates et formaldéhyde contenus dans les isolants, retardateurs de flamme, colles, etc. viendraient apporter une pollution interne à nos locaux une fois rénovés. Faut-il choisir entre rénovation énergétique et QAI (Qualité de l’Air Intérieur) ? Entre économies d’énergie et santé des occupants ? Ce qu’il faut en retenir.

L’étude et sa méthode

C’est aux Etats-Unis que des chercheurs ont voulu s’assurer que la rénovation énergétique des bâtiments (qui existe aussi outre-Atlantique) n’amenait pas de nuisances supplémentaires aux occupants. L’étude publiée dans la revue Environment International a porté sur des logements rénovés selon les normes énergétiques et environnementales assez strictes pour être certifiées écologiques par le label vert international LEED (Leadership in Energy and Environment Design). Elle s’est déroulée en deux temps en effectuant tout d’abord des analyses de l’air intérieur dans les logements avant rénovation puis en refaisant ces mêmes analyses une fois les logements rénovés et réhabilités selon des normes écologiques rappelons-le, soit encore plus contraignantes que les préconisations émises par un diagnostiqueur immobilier français à l’issue du DPE (Diagnostic de Performance Energétique).

Malheureusement, une fois rénovés et réhabilités, les logements se sont révélés tout aussi voire plus encore chargés de polluants potentiels de l’air intérieur que les occupants respirent à longueur d’occupation.

A savoir : Selon l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) « nous passons en moyenne 85 % de notre temps dans des environnements clos ». Ainsi, le risque sanitaire lié à la Qualité de l’Air Intérieur (QAI) est devenu un enjeu majeur qui pourrait devenir grande cause nationale.

Des polluants à foison

Composés Organiques Volatils (COV) et semi-volatils (COSV), phtalates, toluène, benzène, retardateurs de flamme (TCIPP et TCDIPP) ayant leur origine dans les peintures, colles et isolants ont été recensés dans l’air intérieur des logements rénovés avant leur occupation. Une fois meublés, équipés et habités les mêmes logements ont vu leur air intérieur pollué de plus belle par le formaldéhyde (issu des matériaux de construction, panneaux de particules, meubles, produits d’hygiène…), le triclosan (certains produits d’hygiène et d’entretien) et bien d’autres aussi peu ragoutants…

A savoir : Le formaldéhyde est une substance biocide et conservatrice, classée comme cancérogène avéré pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). En France, l’Observatoire de la Qualité de l’air intérieur (OQAI) mène régulièrement des études comprenant la mesure de 16 COV et 3 aldéhydes, dont le formaldéhyde.

Des valeurs réglementaires de la QAI ?

Bien que la France ait adopté comme de nombreux pays européens une obligation d’étiquetage des produits et matériaux entrant dans la construction et la rénovation avec un classement de A + à C en fonction des taux d’émission de dix COV et  des composés organiques volatils totaux, il n’existe pas encore de seuil quant au niveau de QAI admissible. L’ANSES a proposé une fixation de Valeurs Guides de Qualité de l’Air Intérieur (VGAI) pour 11 polluants dont le formaldéhyde afin que soit établi un cadre réglementaire de surveillance et un seuil d’action.

Comme pour l’amiante, le radon et le monoxyde de carbone, on devrait bientôt voir apparaître (janvier 2018) des seuils réglementaires de la qualité de l’air intérieur obligeant les responsables à des actions immédiates afin de protéger la santé des occupants.

Vers l’obligation de diagnostic QAI ?

C’est ce qu’il semble se profiler dès lors que des VGAI seront énoncées comme réglementaires de mettre en place une obligation de diagnostic QAI (Qualité de l’Air Intérieur).

Jusqu’à cette obligation, le diagnostic QAI n’est requis que dans les écoles maternelles, les crèches et les établissements de séjour. Or le cas du diagnostic amiante avec la mesure le taux d’empoussièrement après désamiantage entre dans cette dynamique de QAI tout comme le diagnostic radon dont l’obligation risque bien d’être promulguée d’ici peu dès lors que toute la cartographie de ce risque aura été réétudiée et mise à jour notamment sur le portail GéoRisque.

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